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  • Le pire et le meilleur

    Il y a 35 ans, un certain Thierry Sabine flashait sur une séquence du mythique film américain « Challenge One », celle où des centaines de motos s’élançaient de front à l’assaut d’un désert du Nevada, avec pour seul balisage des pneus enflammés tous les trois ou quatre kilomètres… De là sont nés Dakar et Touquet, épreuves au caractère grandiose et épique à la fois, bien dans l’esprit des -volontiers délirantes- années 70 ! De nos jours, (pseudo)-écologie, « principe de précaution » et « politiquement correct » aidant, les monuments en question sont en péril, non pas parce qu’ils intéressent trop peu de monde mais parce qu’ils dérangent trop (et de plus en plus) de monde ! Le Dakar a été balayé par le risque terroriste. Et côté Touquet, le boulet (écolo) est également passé près. Il a fallu un remodelage drastique de l’épreuve, rebaptisée Enduropale, pour sauver l’essentiel, à savoir l’intérêt sportif qui constitue, vis-à-vis du grand public, le rempart le plus solide face aux attaques lancées par ceux qui y sont insensibles… Sur ce plan, réjouissons-nous, la 3ème édition de l’Enduropale a été tout bonnement historique !

    Mais hélas, avant le meilleur, il a fallu que le pire s’abatte sur la course. Lorsque Benjamin Schots s’est envolé sur cette maudite paire de whoops, érigée une quinzaine de mètres après le sommet d’une butte abordée à fond de quatre au premier tour par les meilleurs (dont lui-même), il y a tout de suite eu malaise. Ces bosses rajoutées au dernier moment, en guise de « ralentisseurs de sécurité avant la ligne d’arrivée », loin de remplir leur rôle supposé, se sont avérées piégeuses. Sur trois pilotes de pointe à avoir abordé l’obstacle autrement que sous drapeau jaune au premier tour -le leader Yves Deudon, son second Téfli et finalement Benjamin, déboulant juste après que Demaria soit reparti et donc que les drapeaux aient été rabaissés- le premier l’a évité mais les deux autres ont chuté (déchirure costale pour Téfli, coma profond et vertèbre pour Benji) ! Triste bilan et, d’évidence, procédé à bannir définitivement… Filmée par France 3 et reprise sur l’internet, l’effroyable chute de Benjamin a suscité un immense élan de solidarité dans la communauté MX, auquel on se doit de participer à www.bjschots.wordpress.com …

    Trois heures plus tard la formidable, admirable, incroyable empoignade du dernier tour entre les deux meilleurs spécialistes du genre (et, selon moi, de tous les temps, Geboers et Van Der Ven inclus !), Arnaud Demeester et Timoteï Potisek, nous offrait le meilleur de l’Enduropale. Sur un circuit beaucoup plus intéressant que les années précédentes (élaboré en concertation avec Sergueï Potisek), les deux hommes avaient évolué une fois encore au-dessus du lot. Après une chute au cours de la première heure et plus de deux minutes perdues, le tempérament et la pointe de vitesse sidérante de Timotheï lui avaient permis de revenir dans la roue de son rival, à deux kilomètres de l’arrivée. Le dépassement fut immédiat, tranchant… imparable ? En apparence seulement. A cet instant, après trois heures et douze minutes d’efforts intenses, la perspective de voir s’envoler ainsi, in extremis, une septième victoire, véritable point d’orgue d’une formidable carrière de « Sandman », à 32 ans, aurait dû constituer un coup de massue pour Demeester. Mais, loin de s’effondrer, voilà qu’au contraire Arnaud trouve au fond de ses tripes de quoi en remettre une (énorme) louche et s’accrocher aux basques de Tim ! Gymkana hallucinant, les deux magiciens tutoient le rythme GP, tout en frôlant les attardés…

    Potisek s’envole de travers sur une butte, pas question de couper bien sûr. Mais à la réception, il doit déborder un concurrent par la gauche, alors que la piste va tourner à 90° sur la droite, sous un pont. De GP, la course prend alors une tournure carrément SX… Demeester plonge à droite, dans l’ouverture, se retrouvant ainsi à l’intérieur, avec une roue d’avance, à l’entrée du virage, en position d’avantage imparable. Là, on n’est plus au Touquet mais à Anaheim ! Block pass à l’arrache certes, mais légitime, démontre la vidéo, compte tenu du positionnement respectif des motos et de l’(énorme) enjeu. Surpris et coincé à l’extérieur, Timotheï a chuté. Arnaud fonce vers la victoire, sans se retourner. Pour tout observateur connaisseur et neutre, Demeester est le magnifique vainqueur d’un monument de course qui n’a été rendu possible que par le brio de son jeune rival, lequel, au-delà de sa légitime déception, restera forcément associé, de manière positive, à ce très grand moment…

    En soirée, France 3, dans son bien mal nommé « Tout le Sport », résumait l’Enduropale aux images du crash de Benjamin Schots, faisant l’impasse sur le « finish du siècle » d’une épreuve sportive ayant déplacé tout de même près de 200 000 spectateurs (hors Tour de France, qui dit mieux ?) sous l’œil de ses propres caméras… Une question m’envahissait alors : qu’est-ce qu’Arnaud et Tim auraient-ils bien pu faire de plus pour éveiller l’intérêt sportif de tels « confrères » ??! Sensation étrange que celle d’avoir vécu simultanément une grande journée… et une journée de merde.

    SKIPPY A REBONDI

    Pour la première fois depuis des lustres, l’ouverture du SX US à Anaheim n’a pas fait le plein de spectateurs, pourquoi ? Apparemment, certains ne peuvent se résoudre à l’idée que, cette fois, Ricky Carmichael ne reviendra pas. L’an dernier, les plus grands moments de la saison ont coïncidé avec les apparitions sélectives de RC et les confrontations avec James Stewart qui en ont découlé. Et la formidable claque assénée par le Nain Jaune à son rival lors des outdoor a fait quelque peu oublier qu’en SX, quelques mois plus tôt, c’est bien Bubba qui avait le contrôle de la situation…

    En réalité, outre-Atlantique, aussi injuste cela soit-il, on ne semble pas prêt à s’enthousiasmer autant aux exploits du prodige black, à la personnalité (perçue comme) « bling-bling », qu’à ceux de l’héroïque petit blanc, aussi travailleur que peu porté sur la flambe -donc plus proche des valeurs américaines traditionnelles- que Carmichael incarnait si bien. A la veille d’Anaheim 1 on a donc constaté que, paradoxalement, malgré sa domination outrageuse de la saison passée (treize victoires en seize courses), la flamboyance de son style et celle de ses prestations, le champion en titre n’était pas encore franchement reconnu pour ce qu’il est probablement, à savoir le plus génial pilote de SX jamais vu…

    Ironiquement, son adversaire annoncé et déclaré, Chad Reed, souffrait alors d’un déficit de crédibilité tout aussi injuste ! L’Australien avait certes connu une saison SX 2007 « en dedans » (qu’il l’ait entamée blessé n’avait rien arrangé). Mais ce qui lui était reproché le plus, c’était d’avoir zappé la saison MX outdoor et de l’avoir revendiqué, un peu provoc’ (« j’ai passé l’été à glander et j’ai adoré cela ! »). On en avait déduit que la perspective de voir Stewart ne faire qu’une bouchée de ce « dégonflé » de Reed -et, a fortiori, du reste du plateau- n’était guère excitante ; décidément, il allait falloir attendre la montée chez les Big Boys de Villopoto (le nouveau RC en puissance) pour y voir le retour d’un suspense digne de ce nom ! Sur l’internet, le suspense 2007 semblait du reste se limiter à la question : « Bubba réussira-t-il la saison SX parfaite ? »…

    Au soir d’Anaheim 1 et à la surprise générale, la question ne se posait déjà plus, remplacée ironiquement sur Mototalk par un post : « Reed réussira-t-il la saison parfaite ? »… Le sentiment général restait pourtant que sur terrain sec, dès la semaine suivante, à Phoenix, « Stew » allait atomiser « Reedy »… Mon excellent confrère Jason Weigandt a alors finement observé : « tout le monde est surpris, pourtant, c’est bien la 732ème fois que l’Australien claque le bec à ses détracteurs !». Le dernier King of Bercy possède effectivement la rare, précieuse et excitante capacité de rebondir lorsqu’on l’attend le moins (un Téfli des Antipodes ?)…

    Les exemples ne manquent pas : à Unadilla 2002, Bubba (déjà) avait ouvertement laissé passer Chad, pour mieux le redéposer quelques encablures plus loin. Commentant pour la télé US, David Bailey avait alors asséné : « cette humiliation a dû tellement casser Reed qu’il risque de ne jamais pouvoir battre Stewart à nouveau de toute sa carrière ! ». La semaine suivante, l’Australien gagnait pourtant la première manche à Millville… Déclarant plus tard cette même saison avoir l’impression de perdre son temps en catégorie Lites, Chad est perçu comme arrogant, il irrite. N’empêche que pour son arrivée chez les Big Boys, il remporte… Anaheim 1. Alors que RC écrase le sport de sa supériorité, Reed le bat tout de même à nouveau lors des… six derniers SX du championnat 2003. En 2004, Ricky blessé, c’est la consécration et le titre pour Skippy mais, bien sûr, on argue que le GOAT n’était pas là. De fait, l’année suivante, Carmichael domine le championnat lorsqu’ à San Diego, sorti de nulle part dans le dernier tour, Reed le déborde et gagne. Stewart, blessé d’entrée de championnat, revient dans la partie à Orlando -autant dire à domicile- pour la très attendue première confrontation entre les deux « monstres » du cross US -lui-même et RC- sur sol sec. Le vainqueur ? Reedy. Reedy qui s’impose encore la semaine suivante à Daytona, chasse gardée supposée de Carmi ! Lorsque ce même Carmi décroche finalement le titre, il a l’esprit libre et se présente à la finale de Vegas avec l’idée d’enfoncer le clou. Reed gagne ! En 2006, Chad est débordé par RC et JS mais claque deux victoires et revient dans la course au moment où on l’attend le moins ; il restera titrable jusqu’au bout… Aux Nations 2007, à Budd’s Creek, un Reed « enveloppé » résiste à RC jusqu’au bout en première manche, lui qui snobe pourtant le MX n’est devancé que par Villopoto. Et à l’US Open comme à Bercy, il est dominateur, la confiance accumulée portant ses fruits à Anaheim 1, une 26ème victoire qui le rapproche de la place de troisième meilleur performer de tous les temps en SX (actuellement détenue par le légendaire Bob Hannah) !

    A Phoenix, James l’a bel et bien emporté, mais Chad l’a maintenu sous pression constante, jusqu’au bout, malgré une blessure à la main contractée à… A1. A cet instant, l’avantage psychologique pris par Bubba à Unadilla 2002 n’existe plus, Skippy a bel et rebondi. Quoi qu’il arrive pour la suite, chapeau à lui.

    HAPPY MX 2008 !

    L’année MX 2007 est close, vive l’année MX 2008 ! Sera-t-elle moyenne, bonne, exceptionnelle ? Impossible à prédire, au moins sur le terrain. Dans les coulisses et les « hautes sphères » dirigeantes, en revanche, on sait déjà qu’elle sera mouvementée…

    Dans quelques jours, le SX Circus ’08 donnera sa première représentation à Anaheim. A priori, sur le terrain, il s’agira essentiellement de constater si l’hiver aura davantage profité à Chad Reed, un ton au dessus à Vegas et Bercy, ou à James Stewart, lequel n’a plus couru depuis cinq mois… Une chose est sûre, la saison couronnera un champion unique puisque FIM et AMA se sont finalement entendus pour que la série de seize courses -quinze aux USA et une au Canada- soit unifiée et intitulée « AMA Supercross, un championnat du Monde FIM ». Après que le précédent, Amp’d Mobile, ait fait faillite ( !), Live Nation a aussi annoncé (sur le tard) le nouveau title sponsor du championnat : Monster. Certains se désolent qu’il ne s’agisse « que » d’une boisson énergétique (et non un sponsor plus « généraliste »). Celles-ci, notoirement Monster et Red Bull mais aussi Rock Star, Unbound, Sobe et j’en passe, se sont littéralement approprié l’image véhiculée par le cross (au sens large : MX, SX et FMX). Longtemps impliqués dans le milieu, brasseurs et cigarettiers eux-mêmes n’y avaient jamais eu telle influence financière… Les esprits chagrins craignent juste qu’un jour prochain, les autorités sanitaires US ne s’alarment des dangers potentiels de ces boissons pour la santé et en restreignent, ou interdisent, la distribution ou la publicité… Sans aucun doute, le tarissement de la manne « énergétique » qui en résulterait aurait tout du scénario catastrophe pour notre sport. Pour autant, on n’en est pas encore là -loin s’en faut- et l’argent de ces sponsors est le bienvenu !

    On retient donc qu’un rapprochement AMA/FIM a bel et bien eu lieu, facilité par l’existence d’un promoteur commun, Live Nation, sur le front du SX. Un homme rêve tout haut d’une situation similaire pour le MX, avec, dans le rôle du promoteur unique, lui-même. Résumé des épisodes précédents : Giuseppe Luongo –c’est bien sûr de lui qu’il s’agit- a profité des Nations de Budd’s Creek pour démarrer une intense campagne de promotion/propagande sur le thème « le MX US est malade et je suis l’homme qui peut le guérir, comme j’ai guéri les GP ». Il rebondissait ainsi sur l’annonce brutale, quelques jours plus tôt, par le nouveau président de l’AMA, que la fédé US avait décidé de confier les rênes de chacun de ses championnats à un promoteur unique et que le jeu était ouvert pour le MX à l’horizon 2009… Le président de Youthstream en a rajouté une épaisse couche à l’occasion de la cérémonie de remise des prix FIM, organisée à Monaco par ses soins. Invitant aux fastes réjouissances quelques « insiders » des media US, il s’est assuré que son message dispose d’une nouvelle (et favorable) caisse de résonance. Au comble de son rêve, Luongo évoque même une courte série US regroupant une quinzaine de tops GP face à autant de tops US. Une sorte de Trans-AMA moderne, super ! Hélas, il ne va pas jusqu’à expliquer comment il la financerait…

    Le message en question met en rage le groupement des promoteurs d’outdoor US, le NPG, singulièrement son très puissant membre Davey Coombs, également patron de RacerX. Celui-ci fait valoir que « l’esbrouffe » de Luongo ne peut masquer la réalité : (par rapport aux MXGP et sous l’égide du NPG) le MX AMA attire les meilleurs pilotes, les teams les plus puissants, le plus grand public, il se court sur les plus beaux circuits, jouit d’un soutien massif de l’Industrie et de bien meilleures retombées sur le marché qui compte, l’américain. Sous-entendu : il n’a donc nul besoin des services de Youthstream. Aussi juste soit l’analyse de Coombs, la concurrence potentielle de Luongo a tout de même déjà fait bouger le NPG qui, de simple syndicat, s’est transformé en organisation centralisée avec un porte-parole, John Ayers (pour l’anecdote, c’est le gars que la Piche avait emplâtré !), visiblement chargé d’ »exister » face à Youthstream…

    Reste que, pour l’instant, Luongo a plutôt marqué des points sur le plan médiatico/politique. Dans l’euphorie, il a aussi présenté, avec la FIM et à la barbe de constructeurs que l’on sait réticents, voire rebelles, un calendrier d’évolution technique ambitieux, visant à (re)donner une chance aux 2T en MX ! La fermeté des instances mondiales est à saluer en ce sens qu’elle remet chacun à sa place : c’est au mouvement sportif de déterminer les règles et aux constructeurs de s’adapter à celles-ci (ou de se retirer du marché concerné), pas le contraire ! Toutefois, il apparaît douteux que les valeureuses 250 2T restant sur le marché soient compétitives par rapport à des 350F, a fortiori à l’horizon 2010 ou 11. Rien dans ce plan ne permettra non plus aux 125 2T d’éviter l’extinction naturelle qui leur est promise. En fait, pour sauver les 2T, il faudrait soit bannir carrément les 4T ( ?!), soit imposer à ceux-ci, sans délai et quelle que soit leur cylindrée, des normes de bruit drastiquement rabaissées ! Toute avancée dans ce sens ferait forcément de 2008 une bonne année pour le MX.

    25 ANS, PAS UNE RIDE

    Subitement, ça s’est mis à sentir le coup monté. Juste avant que Francis Magnanou ne m’appelle sur le podium, les instigateurs de l’opération –l’Agent Bauer, le Chevalier, Pasky et OCD – m’entouraient, cherchant à détourner mon attention… Une fois là haut, alors que ce bon Francis débitait un tas de trucs sympa sur moi, le Mac est soudainement apparu, un casque somptueux à la main, et il me l’a remis. C’est seulement à cet instant que j’ai compris ce qui s’était passé.

    Flash back de quelques mois… Parmi les dizaines de mails de félicitations et d’excitation reçus (une première) dans la foulée de l’annonce de la venue de Ricky Carmichael en guest star pour Bercy XXV, celui de Christophe Opillard, le plus artiste des anciens pilotes du POPB, se proposait d’aller plus loin : « super, Ricky à Bercy, il faut qu’on marque le coup, t’as une idée ? ». Créateur (en dix jours) du magnifique Trophée du Supercross de Paris (celui qui reste d’une année sur l’autre), Chris « OCD » est à mes yeux le Troy Lee français et, sachant que le résultat serait forcément digne de Ricky, je lui ai répondu : « à toi de jouer, carte blanche »…

    Avec la désastreuse nouvelle du forfait de RC, le projet OCD était devenu, du moins le pensais-je, obsolète. C’est alors que les instigateurs ont décidé, en secret, de commémorer l’épreuve en elle-même, au nom de l’attachement collectif, affectif et sportif que nous lui vouons, et choisi pour cela de reproduire sur ce casque les 25 couvertures des programmes retraçant un quart de siècle de SX à Paris, le logo originel (énorme whip one hand de Magoo, photo historique Pat Boulland), dûment surmonté de celui de la CCA, et plein d’autres détails ultra-cool… Au-delà de l’attention personnelle, touchante, le message était fort et pertinent : aussi irremplaçable Carmichael soit-il, Bercy XXV était un événement en soi-même et on devait être fiers de présenter les 72ème, 73ème et 74ème soirées de top SX au cœur de la capitale (record mondial, loin devant Anaheim) avec, comme d’hab’, trois sold out à la clé !

    De fait, la masse de talent rassemblée à l’intérieur du chaudron, toutes catégories et disciplines confondues, a permis à cette édition de marquer non pas la fin d’une époque, mais bien le début d’une autre, plus moderne et excitante. La formule a permis de voir bien davantage les meilleurs en piste, cartes redistribuées jusqu’à six fois par soirée, une première. Le tournoi apporte suspense et spectacle, notamment lors des manches à quatre, comme prévu. Contrairement à ce que je craignais en revanche (et tant mieux) les 450, lorsque pilotées par des artistes comme Reed, Langston, Short, le Mac ou… Coisy, trouvent effectivement la place de s’exprimer –et avec quel brio !- dans ces lieux exigus. Côté piste, l’escargot a tellement bien fonctionné –grâce à la nouvelle terre, plus meuble- qu’il a été le théâtre de dépassements majeurs (Coisy sur Reed, Langston sur Demartis et le décisif Reed-Langston, point d’orgue de l’ultime et haletante finale, LA course du week-end). Les connaisseurs ont pu apprécier la technique de virage monstrueuse des tops, en particulier dans le « S » suivant l’escargot en question et se délecter des dépassements insensés (en zigzags) dont Reed nous a plusieurs fois gratifié dans les whoops. L’Asics Freestyle Show a tout simplement déchiré d’un bout à l’autre, avec en point culminant le double grab flip du phénoménal Tom Pagès (en rentrant le même aux X-Games 07, il aurait pris l’or sans discussion)… Autre point d’orgue, les sorties de scène glorieuses de Ronnie « Whip » Renner et notre Manu national !

    Outre la belle fête du SX et du FMX qu’a représenté ce week-end, ce qui me rend optimiste pour l’avenir, ce sont les interviewes des Big Boys. Chad et Grant viennent à Paris pour les bonnes raisons, avec une attitude parfaite, un réel respect pour l’épreuve, dans son histoire et toutes ses composantes. Cool G : « Bercy est l’épreuve hors championnat la plus importante au monde, je suis venu quatre fois et compte bien revenir au moins quatre fois de plus »… Chad : « Bercy est « intense, physique, parfait en timing, au milieu de l’inter-saison, je suis très fier d’ajouter mon nom à la prestigieuse liste des Kings »… Personne n’avait vu Skippy avec une banane pareille depuis des lustres ! Shorty et Honda ont pu se jauger face aux Yamaha-boys et mesurer le travail à accomplir avant Anaheim (précieux puisque les rounds canadiens du World SX ont disparu du calendrier de décembre)… Tout cela ne peut que générer une dynamique positive pour les saisons à venir !

    Mais le plus frappant encore, des mêmes Big Boys au plus jeune cadet en piste, Dylan Ferrandis, en passant par les Freestylers, c’est d’ entendre tous les acteurs du show parler de l’impact et du pouvoir d’attraction qu’exerce sur eux le public de Bercy. Si le Supercross de Paris fait figure d’irréductible épreuve gauloise, imposant son originalité et sa légitimité à un monde du SX plutôt enclin à rester replié sur ses bases US, c’est largement à son public qu’il le doit. Connaisseur, donc prêt à mettre le prix nécessaire au prestige de l’épreuve et à s’enflammer sur ce qui en vaut la peine. Bruyant et festif… ils adorent tous. Ne changez rien, vous êtes parfaits.

    SX ET X-GAMES

    Lancé en 1995 par la télé américaine ESPN pour cibler l’audience « teenager » -pas plus emballée que cela par les sports US traditionnels, base-ball et « football »- le concept des X-Games était de donner à des disciplines non-olympiques leur moment de gloire à la télé. Affranchies des contraintes allant de pair avec des fédérations traditionnelles, les X-Games sont donc partis d’une feuille blanche, pour les disciplines comme pour les règlements. Succès foudroyant. Tout de suite, deux sports « majeurs » se distinguent, le skate et le BMX. La magie de la télé transforme alors une pléiade de riders « underground » en authentiques vedettes « grand public », Tony Hawk, Andy McDonald, Matt Hoffman et Dave Mirra en tête… Séduits par cette génération spontanée d’idoles abordables, à l’image à la fois vierge et hardcore, les sponsors se précipitent…

    En 99, pour leur 5ème édition, les Jeux opèrent un virage qui va s’avérer stratégique avec l’introduction du tout jeune Freestyle MX. Et un prodige de même pas 16 ans, Travis Pastrana, fait péter l’audimat ! Pas seulement grâce à un superbe premier run, scoré 99 (sur 100). Aucun de ses adversaires n’ayant pu approcher, en deux tentatives, le fameux score, Travis se remet en piste « pour l’honneur » et, utilisant un virage relevé en guise de rampe, il saute direct dans la baie de San Francisco (le site FMX jouxtant les docks de SF), ses complices de Fox le repêchant en hors-bord… En deux fois deux minutes, Pastrana est devenu une icône, démontrant qu’en matière de sport extrême, le FMX n’a tout simplement pas d’équivalent !
    Les responsables d’ESPN ont reçu le message. Dans l’aspi de Travis, d’autres pilotes charismatiques se révèlent : Mike Metzger, Brian Deegan, Carey Hart ou encore Mike Jones. Le FMX est devenu tellement incontournable qu’on l’accueille en 2000 aux (pourtant peu propices) Winter X-Games. En 2000 toujours, les Jeux d’été lancent le « step up » (saut de barre – victoire de Tommy Clowers). L’année suivante, le FMX se décline en « Big Air » (meilleur trick – victoire de Kenny Bartram). En 2005, c’est au tour du Supermoto d’entrer en scène (victoire de Doug Henry). Contrairement au FMX, cette discipline est reconnue par l’AMA et, si quelques freestylers participent, les premiers rôles sont joués par des champions clairement estampillés « MX/SX », dont Jeremy McGrath et Chad Reed. Cette fois, le « vrai » monde de la moto est aspiré dans le jeu et ce n’est donc que logique si le SX finit par être appelé, cette année, aux X-Games ! Décidément, aux US, notre sport ne pue pas de la gueule…

    Les Jeux représentent, pour les marques comme pour les sponsors, plus d’exposition médiatique que la totalité des SX ou des outdoor réunis. La réaction du milieu du cross, par nature conservateur, a été pourtant contrastée. Pour la fédé AMA, pour Live Nation, qui produit le SX « officiel » et pour le National Promoters Group, qui en fait autant avec l’outdoor, les « X » constituent à la fois une concurrence et une forme de casse-tête. Comment prétendre Å“uvrer pour le développement du sport moto et, en même temps, s’agacer de l’opportunité qui lui est faite d’entrer dans 40 millions de foyers américains ? Pour les teams officiels, le dilemme est encore plus délicat. Ils existent pour promotionner l’image de leur marque et de leurs sponsors. Et, jusqu’à présent, la meilleure manière de le faire était de remporter des championnats AMA. Pour les pilotes, le rapport effort/médiatisation des Jeux est bien sûr imbattable. Mais un pépin aux X-Games, c’est un gros risque pour un team officiel, davantage enclin à ouvrir le parapluie. De fait, dans la semaine précédant les Jeux, Kawasaki décommande Stewart et Ferry, Pro Circuit l’imitant avec Villopoto et Townley, Suzuki avec Dungey et Tedesco, Honda avec Short… A chaque fois, l’argument « priorité au championnat outdoor » est mis en avant. On peut imaginer qu’un sponsor grand public comme Monster (omniprésent sur les Jeux) n’était pas joyeux de ces choix… Ceci étant, les défections n’ont pas vraiment altéré l’impact du premier « Moto X Race » (Live Nation ayant interdit l’utilisation du terme « Supercross ») des Jeux de l’Extrême. La piste n’était certes pas terrible, poussiéreuse en diable. Le format, inédit (seize pilotes, quatre qualifs à 4 sur 6 tours, deux repêchages à 6 sur 6 tours, une finale à 6 sur 12 tours), a globalement fonctionné, sans pleinement convaincre toutefois…

    Mais Ricky Carmichael était là, il a bien sûr gagné et surtout répété dix fois à quel point l’arrivée du SX aux X-Games était un événement majeur pour notre sport. Les deux icônes du MX US, RC et McGrath (qui commentait en direct), sont désormais de fervents supporters des « X ». Windham et Reed (voire Stewart ?), qui auront pour 2008 des contrats « SX-only », seront de la partie. En partie éludée cette année, la question X-Games se reposera donc en 2008 et au-delà avec, en filigrane, la problématique grandissante du championnat outdoor, dont le rapport investissement/pénibilité/risques encourus/longueur du calendrier/ retombées financières et médiatiques ne tient plus la route face à ce genre d’événement…