« NASBIKE » ?
Le 11 mars 1972, le Speedway de Daytona -déjà capitale du motocyclisme américain avec les fameux 200 Miles et le rassemblement des Bikers- reçoit la première épreuve du premier championnat officiel de motocross US. Deux ans plus tard, il inaugure le championnat US de… Supercross. En 79, l’AMA est dans la panade et Daytona délègue un de ses conseillers de gestion à la fédération US. En 84, les trois promoteurs qui se partagent les seize étapes du calendrier SX font sécession de l’AMA pour créer l’Insport mais Daytona reste « légaliste » et aide la fédé à sauver l’apparence d’un championnat en organisant une seconde épreuve, sur l’anneau NASCAR de Talladega. C’est dire qu’entre Daytona et l’AMA, y compris en matière de MX, il y a une longue histoire commune et, surtout, de la confiance…
Derrière Daytona, on trouve la dynastie la plus puissante du monde des sports mécaniques, les France. Bill Sr, Bill Jr, Brian, Jim, Lesa… de grand-père en petite fille ou nièce, le clan France a créé et contrôlé l’International Speedway Corporation (ISC), qui emploie 1000 personnes, possède dix-sept anneaux de vitesse sur le territoire US ( !) et une bonne quinzaine de séries automobiles diverses, dont bien sûr le NASCAR, une série quasiment aussi riche que la F1… Autant dire, un empire du sport automobile, dans un environnement idéal. Grâce aux France, Daytona est bel et bien l’endroit de la planète où les professionnels et les fans de sports mécaniques, y compris les motocyclistes, ont le plus de poids économique et donc d’influence !
Lorsque Rob Dingman, ancien « lobbyiste » de l’AMA à Washington, en a été nommé le président, en 2007, il a très vite décidé de liquider le département « Pro Racing ». Selon lui, la fédération devait se soucier exclusivement de défendre la pratique du motocyclisme, qu’il soit touriste, « récréationnel » ou sportif amateur, pas de gérer des championnats professionnels. A la recherche de partenaires type Live Nation (le producteur du SX) pour ceux-ci, Dingman a donc lancé des enchères publiques pour les championnats AMA MX, Superbike, Dirt Track, Hill-climb, ATV et Supermoto. Youthstream, le producteur des GP, a sauté sur l’opportunité (du contrat MX), ressortant même de ses contacts hivernaux avec la quasi-certitude que son offre allait être acceptée… Mais rien n’était moins vrai. En ce matin du SX, dans la salle de presse du Speedway, Rob Dingman a remercié Roger Edmondson (président du Daytona Motorsport Group, le DMG, émanation de l’ISC) de son hospitalité et annoncé aussitôt la nouvelle. Des quatorze offres reçues par ses services à la fin janvier, celle émanant de son hôte lui avait sauté aux yeux comme écrasant les autres : le DMG proposait rien moins que de résoudre d’un coup tous ses problèmes ! Comment ? En achetant la totalité des championnats, en même temps que l’appellation « AMA Pro Racing » contre, on l’imagine, un bon paquet de dollars (le NASCAR en brasse des milliards et en gagne des centaines de millions chaque année)… Cette annonce représente un tournant majeur dans l’histoire du sport moto US et même mondial. En effet, l’AMA a cédé à DMG toute son activité pro, y compris l’aspect réglementaire, avec effet dès 2009. Même si elle reste l’interlocuteur US de la FIM, l’AMA a lâché une bombe qui ouvre la porte à bien des questions !
D’abord, sur la base du système NASCAR, DMG ne sera pas seulement le promoteur mais aussi sa propre fédération, il pourra ainsi tout se permettre en matière de « rulebook », c’est unique à un tel niveau dans les annales du sport moto ! Et puis, le principe de base du NASCAR est de tout faire (y compris alourdir les meilleures voitures ou sortir les pace-cars au moment « opportun »…) pour qu’aucun concurrent ne dispose d’un avantage mécanique significatif et qu’ainsi la majorité des courses se joue dans le dernier tour, pour quelques centimètres. Cette philosophie est-elle susceptible d’être appliquée en MX ? La Production Rule sera-t-elle revue dans un sens plus drastique (pour le DMG, toutes les pièces racing doivent être dispo à un prix raisonnable, quid des suspensions usine) ? DMG attirera-t-il des budgets TV et sponsors NASCAR vers le MX ? Quid du team US aux Nations ? DMG sera-t-il une version US de l’expérience Dorna-MXGP ? Les outdoor seront-ils cantonnés aux ovales-maison (a priori non : un circuit artificiel avec tribunes de plus de 30 000 personnes, c’est un SX, selon le contrat exclusif AMA/Live Nation) ? Mais DMG ne cherchera-t-il pas justement à absorber Live Nation -qui serait à vendre- prenant ainsi le plein pouvoir, SX/MX ? N’a-t-il pas (justement aussi) débauché le n°2 de Live Nation, Roy Janson, aussi ancien directeur de l’AMA, un homme ayant toutes les capacités pour piloter le MX depuis Daytona, mais aussi le SX ?
Au final, voir les Nationals entre les mains des gens les plus puissants du monde des sports mécaniques s’avère plutôt rassurant… Edmondson, qui n’a pas d’expérience personnelle en matière de MX, n’a rien dit sur le sort des MX Nationals mais ceux-ci devraient revenir, sous une forme ou sous une autre, « entre Américains », au groupement de promoteurs habituel, le NPG, ce qui garantira au moins les meilleurs circuits US traditionnels. Mais, au-delà de cela, à peu près tout semble rester possible dans le nouveau monde du « NASBIKE »…
