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  • Le pire et le meilleur

    Il y a 35 ans, un certain Thierry Sabine flashait sur une séquence du mythique film américain « Challenge One », celle où des centaines de motos s’élançaient de front à l’assaut d’un désert du Nevada, avec pour seul balisage des pneus enflammés tous les trois ou quatre kilomètres… De là sont nés Dakar et Touquet, épreuves au caractère grandiose et épique à la fois, bien dans l’esprit des -volontiers délirantes- années 70 ! De nos jours, (pseudo)-écologie, « principe de précaution » et « politiquement correct » aidant, les monuments en question sont en péril, non pas parce qu’ils intéressent trop peu de monde mais parce qu’ils dérangent trop (et de plus en plus) de monde ! Le Dakar a été balayé par le risque terroriste. Et côté Touquet, le boulet (écolo) est également passé près. Il a fallu un remodelage drastique de l’épreuve, rebaptisée Enduropale, pour sauver l’essentiel, à savoir l’intérêt sportif qui constitue, vis-à-vis du grand public, le rempart le plus solide face aux attaques lancées par ceux qui y sont insensibles… Sur ce plan, réjouissons-nous, la 3ème édition de l’Enduropale a été tout bonnement historique !

    Mais hélas, avant le meilleur, il a fallu que le pire s’abatte sur la course. Lorsque Benjamin Schots s’est envolé sur cette maudite paire de whoops, érigée une quinzaine de mètres après le sommet d’une butte abordée à fond de quatre au premier tour par les meilleurs (dont lui-même), il y a tout de suite eu malaise. Ces bosses rajoutées au dernier moment, en guise de « ralentisseurs de sécurité avant la ligne d’arrivée », loin de remplir leur rôle supposé, se sont avérées piégeuses. Sur trois pilotes de pointe à avoir abordé l’obstacle autrement que sous drapeau jaune au premier tour -le leader Yves Deudon, son second Téfli et finalement Benjamin, déboulant juste après que Demaria soit reparti et donc que les drapeaux aient été rabaissés- le premier l’a évité mais les deux autres ont chuté (déchirure costale pour Téfli, coma profond et vertèbre pour Benji) ! Triste bilan et, d’évidence, procédé à bannir définitivement… Filmée par France 3 et reprise sur l’internet, l’effroyable chute de Benjamin a suscité un immense élan de solidarité dans la communauté MX, auquel on se doit de participer à www.bjschots.wordpress.com …

    Trois heures plus tard la formidable, admirable, incroyable empoignade du dernier tour entre les deux meilleurs spécialistes du genre (et, selon moi, de tous les temps, Geboers et Van Der Ven inclus !), Arnaud Demeester et Timoteï Potisek, nous offrait le meilleur de l’Enduropale. Sur un circuit beaucoup plus intéressant que les années précédentes (élaboré en concertation avec Sergueï Potisek), les deux hommes avaient évolué une fois encore au-dessus du lot. Après une chute au cours de la première heure et plus de deux minutes perdues, le tempérament et la pointe de vitesse sidérante de Timotheï lui avaient permis de revenir dans la roue de son rival, à deux kilomètres de l’arrivée. Le dépassement fut immédiat, tranchant… imparable ? En apparence seulement. A cet instant, après trois heures et douze minutes d’efforts intenses, la perspective de voir s’envoler ainsi, in extremis, une septième victoire, véritable point d’orgue d’une formidable carrière de « Sandman », à 32 ans, aurait dû constituer un coup de massue pour Demeester. Mais, loin de s’effondrer, voilà qu’au contraire Arnaud trouve au fond de ses tripes de quoi en remettre une (énorme) louche et s’accrocher aux basques de Tim ! Gymkana hallucinant, les deux magiciens tutoient le rythme GP, tout en frôlant les attardés…

    Potisek s’envole de travers sur une butte, pas question de couper bien sûr. Mais à la réception, il doit déborder un concurrent par la gauche, alors que la piste va tourner à 90° sur la droite, sous un pont. De GP, la course prend alors une tournure carrément SX… Demeester plonge à droite, dans l’ouverture, se retrouvant ainsi à l’intérieur, avec une roue d’avance, à l’entrée du virage, en position d’avantage imparable. Là, on n’est plus au Touquet mais à Anaheim ! Block pass à l’arrache certes, mais légitime, démontre la vidéo, compte tenu du positionnement respectif des motos et de l’(énorme) enjeu. Surpris et coincé à l’extérieur, Timotheï a chuté. Arnaud fonce vers la victoire, sans se retourner. Pour tout observateur connaisseur et neutre, Demeester est le magnifique vainqueur d’un monument de course qui n’a été rendu possible que par le brio de son jeune rival, lequel, au-delà de sa légitime déception, restera forcément associé, de manière positive, à ce très grand moment…

    En soirée, France 3, dans son bien mal nommé « Tout le Sport », résumait l’Enduropale aux images du crash de Benjamin Schots, faisant l’impasse sur le « finish du siècle » d’une épreuve sportive ayant déplacé tout de même près de 200 000 spectateurs (hors Tour de France, qui dit mieux ?) sous l’œil de ses propres caméras… Une question m’envahissait alors : qu’est-ce qu’Arnaud et Tim auraient-ils bien pu faire de plus pour éveiller l’intérêt sportif de tels « confrères » ??! Sensation étrange que celle d’avoir vécu simultanément une grande journée… et une journée de merde.

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