25 ANS, PAS UNE RIDE
Subitement, ça s’est mis à sentir le coup monté. Juste avant que Francis Magnanou ne m’appelle sur le podium, les instigateurs de l’opération –l’Agent Bauer, le Chevalier, Pasky et OCD – m’entouraient, cherchant à détourner mon attention… Une fois là haut, alors que ce bon Francis débitait un tas de trucs sympa sur moi, le Mac est soudainement apparu, un casque somptueux à la main, et il me l’a remis. C’est seulement à cet instant que j’ai compris ce qui s’était passé.
Flash back de quelques mois… Parmi les dizaines de mails de félicitations et d’excitation reçus (une première) dans la foulée de l’annonce de la venue de Ricky Carmichael en guest star pour Bercy XXV, celui de Christophe Opillard, le plus artiste des anciens pilotes du POPB, se proposait d’aller plus loin : « super, Ricky à Bercy, il faut qu’on marque le coup, t’as une idée ? ». Créateur (en dix jours) du magnifique Trophée du Supercross de Paris (celui qui reste d’une année sur l’autre), Chris « OCD » est à mes yeux le Troy Lee français et, sachant que le résultat serait forcément digne de Ricky, je lui ai répondu : « à toi de jouer, carte blanche »…
Avec la désastreuse nouvelle du forfait de RC, le projet OCD était devenu, du moins le pensais-je, obsolète. C’est alors que les instigateurs ont décidé, en secret, de commémorer l’épreuve en elle-même, au nom de l’attachement collectif, affectif et sportif que nous lui vouons, et choisi pour cela de reproduire sur ce casque les 25 couvertures des programmes retraçant un quart de siècle de SX à Paris, le logo originel (énorme whip one hand de Magoo, photo historique Pat Boulland), dûment surmonté de celui de la CCA, et plein d’autres détails ultra-cool… Au-delà de l’attention personnelle, touchante, le message était fort et pertinent : aussi irremplaçable Carmichael soit-il, Bercy XXV était un événement en soi-même et on devait être fiers de présenter les 72ème, 73ème et 74ème soirées de top SX au cœur de la capitale (record mondial, loin devant Anaheim) avec, comme d’hab’, trois sold out à la clé !
De fait, la masse de talent rassemblée à l’intérieur du chaudron, toutes catégories et disciplines confondues, a permis à cette édition de marquer non pas la fin d’une époque, mais bien le début d’une autre, plus moderne et excitante. La formule a permis de voir bien davantage les meilleurs en piste, cartes redistribuées jusqu’à six fois par soirée, une première. Le tournoi apporte suspense et spectacle, notamment lors des manches à quatre, comme prévu. Contrairement à ce que je craignais en revanche (et tant mieux) les 450, lorsque pilotées par des artistes comme Reed, Langston, Short, le Mac ou… Coisy, trouvent effectivement la place de s’exprimer –et avec quel brio !- dans ces lieux exigus. Côté piste, l’escargot a tellement bien fonctionné –grâce à la nouvelle terre, plus meuble- qu’il a été le théâtre de dépassements majeurs (Coisy sur Reed, Langston sur Demartis et le décisif Reed-Langston, point d’orgue de l’ultime et haletante finale, LA course du week-end). Les connaisseurs ont pu apprécier la technique de virage monstrueuse des tops, en particulier dans le « S » suivant l’escargot en question et se délecter des dépassements insensés (en zigzags) dont Reed nous a plusieurs fois gratifié dans les whoops. L’Asics Freestyle Show a tout simplement déchiré d’un bout à l’autre, avec en point culminant le double grab flip du phénoménal Tom Pagès (en rentrant le même aux X-Games 07, il aurait pris l’or sans discussion)… Autre point d’orgue, les sorties de scène glorieuses de Ronnie « Whip » Renner et notre Manu national !
Outre la belle fête du SX et du FMX qu’a représenté ce week-end, ce qui me rend optimiste pour l’avenir, ce sont les interviewes des Big Boys. Chad et Grant viennent à Paris pour les bonnes raisons, avec une attitude parfaite, un réel respect pour l’épreuve, dans son histoire et toutes ses composantes. Cool G : « Bercy est l’épreuve hors championnat la plus importante au monde, je suis venu quatre fois et compte bien revenir au moins quatre fois de plus »… Chad : « Bercy est « intense, physique, parfait en timing, au milieu de l’inter-saison, je suis très fier d’ajouter mon nom à la prestigieuse liste des Kings »… Personne n’avait vu Skippy avec une banane pareille depuis des lustres ! Shorty et Honda ont pu se jauger face aux Yamaha-boys et mesurer le travail à accomplir avant Anaheim (précieux puisque les rounds canadiens du World SX ont disparu du calendrier de décembre)… Tout cela ne peut que générer une dynamique positive pour les saisons à venir !
Mais le plus frappant encore, des mêmes Big Boys au plus jeune cadet en piste, Dylan Ferrandis, en passant par les Freestylers, c’est d’ entendre tous les acteurs du show parler de l’impact et du pouvoir d’attraction qu’exerce sur eux le public de Bercy. Si le Supercross de Paris fait figure d’irréductible épreuve gauloise, imposant son originalité et sa légitimité à un monde du SX plutôt enclin à rester replié sur ses bases US, c’est largement à son public qu’il le doit. Connaisseur, donc prêt à mettre le prix nécessaire au prestige de l’épreuve et à s’enflammer sur ce qui en vaut la peine. Bruyant et festif… ils adorent tous. Ne changez rien, vous êtes parfaits.
