AMA, la nouvelle donne
Le petit monde des insiders du cross US est en ébullition. Le championnat AMA MX est tout simplement à vendre ! Le 14 septembre dernier, le nouveau président de l’AMA, Rob Dingman, a en effet lâché une bombe, sous forme d’un communiqué à si faible teneur en langue de bois qu’il a laissé tout le monde pantois ! La phrase-clé : « l’AMA reconnaît que le modèle de business suivi ces dix dernières années était erroné et a décidé de cesser toutes ses activités de promoteur ou co-promoteur d’événements, quels qu’ils soient, pour se recentrer sur sa mission principale, à savoir établir les règlements du sport moto et les faire respecter par les participants (…). Tous les championnats AMA -sauf le Supercross, déjà concédé à Live Nation- ont vocation à être confiés à des promoteurs privés».
Explication de texte : en 1995, l’AMA, association à but non lucratif, avait développé une section à but lucratif, Paradama, chargée de vendre droits divers ou publicité sur un certain nombre de championnats (dont le MX outdoor). De bourdes en procès perdus, controverses retentissantes et sévères désillusions touchant à leur action dans plusieurs disciplines (rien que pour l’AMA MX, pas de title sponsor une année et package TV indigent deux ans de suite, sans parler des scandales successifs sur l’essence), Paradama et son bras armé sportif, l’AMA Pro Racing, ont fini par se transformer en boulets pour l’association et Dingman a décidé de trancher dans le vif (au passage, Steve Whitelock vient d’être écarté de son poste de manager SX/MX à l’AMA Pro)… Sur un des scandales, touchant à la « Formula X-Treme » (vitesse), Honda s’était retiré de toutes les instances AMA, créant un électrochoc à la fédération. Dingman déplore : « on a trop mélangé les genres et cela a brouillé notre image, au point que le soutien apporté à notre association par l’Industrie se trouve menacé, ce qui est très grave. L’AMA n’a pas vocation à oeuvrer dans la controverse, si je pouvais claquer des doigts pour qu’on sorte de tout cela du jour au lendemain, je le ferais »…
Le timing de Dingman a constitué une véritable aubaine pour Youthstream. Quelques jours après la « bombe », le promoteur des MXGP FIM se retrouvait en effet dans la position de l’hôte à l’occasion du MXDN de Budd’s Creek, et ce en plein cœur du dispositif MX US. Rappelons que les outdoor US sont simplement coordonnés par une association des promoteurs « locaux » historiques, dénommée le National Promoters Group (NPG). A la tête de ce « club », la très influente famille Coombs, qui contrôle les outdoor de Mount Morris et Steel City, le championnat amateur à Loretta Lynn’s et le magazine Racer X. Ce dernier a d’ailleurs mis sa considérable puissance de feu (mag, site web, lobbying, etc.) au service du MXDN, organisé par un des membres du NPG, Jonathan Beasley, avec le succès populaire que l’on sait. La rumeur veut que Beasley ait cédé en amont une part prépondérante de la recette billetterie du MXDN à Youthstream, de façon à limiter les très conséquents droits réclamés d’habitude par celui-ci pour le MXDN. En gros, Giuseppe Luongo, le président de Youthstream, a donc consenti une part du risque mais, fort de la promo du groupe Racer X et du NPG, il aurait réussi un coup particulièrement payant.
Mieux : il a reçu à sa table, un week-end durant, en spectateurs de son succès (car le package Youthstream apporte un vrai plus de présentation par rapport aux souvent ronronnantes organisations des membres du NPG, encroûtées dans une certaine routine), les plus hautes instances fédérales AMA. Thème des discussions ? Le tout récent communiqué de Dingman, évidemment ! Rien ne prouve bien sûr que le président de l’AMA ne se serve pas de Youthstream pour secouer le cocotier du NPG, ou encore susciter d’autres vocations « made in US » - ce qui ne manquera pas d’arriver. Sur la défensive, le NPG, qui envisage du coup de se muer en véritable entité commerciale, s’est d’ailleurs empressé de faire des propositions, notamment en matière de calendrier, pour 2008 : le championnat commencera plus tard et se terminera plus tôt, dans le double but de dégager un break entre fin du SX et début du MX et d’allonger les vacances de fin de saison pour tous, sachant que le testing reprend très tôt à l’automne. Certains promoteurs NPG ont donc dû abandonner leur date fétiche, pour la première fois.
Mais cela ne suffira pas, la détermination de Dingman est claire, il est dans la démarche de mettre tous les championnats, MX compris, aux enchères ! Même si on l’imagine mal plaquer son système de business MXGP, lequel met (indirectement) à contribution des financements publics inconcevables en Amérique, même si les réticences et obstacles seraient grands, et tous azimuts, face à l’arrivée d’un promoteur étranger en terre US, le simple fait d’être adoubé comme challenger par les plus hautes instances de l’AMA est une reconnaissance précieuse pour Luongo. Sous sa houlette, au moins de façon théorique et sur le long terme, on pourrait même imaginer un mythique regroupement du MX mondial en une série unique. Cela a à peu près zéro chance d’arriver mais c’est la première fois qu’on peut l’imaginer et, en soi, il s’agit déjà d’un événement.
