SX ET X-GAMES
Lancé en 1995 par la télé américaine ESPN pour cibler l’audience « teenager » -pas plus emballée que cela par les sports US traditionnels, base-ball et « football »- le concept des X-Games était de donner à des disciplines non-olympiques leur moment de gloire à la télé. Affranchies des contraintes allant de pair avec des fédérations traditionnelles, les X-Games sont donc partis d’une feuille blanche, pour les disciplines comme pour les règlements. Succès foudroyant. Tout de suite, deux sports « majeurs » se distinguent, le skate et le BMX. La magie de la télé transforme alors une pléiade de riders « underground » en authentiques vedettes « grand public », Tony Hawk, Andy McDonald, Matt Hoffman et Dave Mirra en tête… Séduits par cette génération spontanée d’idoles abordables, à l’image à la fois vierge et hardcore, les sponsors se précipitent…
En 99, pour leur 5ème édition, les Jeux opèrent un virage qui va s’avérer stratégique avec l’introduction du tout jeune Freestyle MX. Et un prodige de même pas 16 ans, Travis Pastrana, fait péter l’audimat ! Pas seulement grâce à un superbe premier run, scoré 99 (sur 100). Aucun de ses adversaires n’ayant pu approcher, en deux tentatives, le fameux score, Travis se remet en piste « pour l’honneur » et, utilisant un virage relevé en guise de rampe, il saute direct dans la baie de San Francisco (le site FMX jouxtant les docks de SF), ses complices de Fox le repêchant en hors-bord… En deux fois deux minutes, Pastrana est devenu une icône, démontrant qu’en matière de sport extrême, le FMX n’a tout simplement pas d’équivalent !
Les responsables d’ESPN ont reçu le message. Dans l’aspi de Travis, d’autres pilotes charismatiques se révèlent : Mike Metzger, Brian Deegan, Carey Hart ou encore Mike Jones. Le FMX est devenu tellement incontournable qu’on l’accueille en 2000 aux (pourtant peu propices) Winter X-Games. En 2000 toujours, les Jeux d’été lancent le « step up » (saut de barre – victoire de Tommy Clowers). L’année suivante, le FMX se décline en « Big Air » (meilleur trick – victoire de Kenny Bartram). En 2005, c’est au tour du Supermoto d’entrer en scène (victoire de Doug Henry). Contrairement au FMX, cette discipline est reconnue par l’AMA et, si quelques freestylers participent, les premiers rôles sont joués par des champions clairement estampillés « MX/SX », dont Jeremy McGrath et Chad Reed. Cette fois, le « vrai » monde de la moto est aspiré dans le jeu et ce n’est donc que logique si le SX finit par être appelé, cette année, aux X-Games ! Décidément, aux US, notre sport ne pue pas de la gueule…
Les Jeux représentent, pour les marques comme pour les sponsors, plus d’exposition médiatique que la totalité des SX ou des outdoor réunis. La réaction du milieu du cross, par nature conservateur, a été pourtant contrastée. Pour la fédé AMA, pour Live Nation, qui produit le SX « officiel » et pour le National Promoters Group, qui en fait autant avec l’outdoor, les « X » constituent à la fois une concurrence et une forme de casse-tête. Comment prétendre Å“uvrer pour le développement du sport moto et, en même temps, s’agacer de l’opportunité qui lui est faite d’entrer dans 40 millions de foyers américains ? Pour les teams officiels, le dilemme est encore plus délicat. Ils existent pour promotionner l’image de leur marque et de leurs sponsors. Et, jusqu’à présent, la meilleure manière de le faire était de remporter des championnats AMA. Pour les pilotes, le rapport effort/médiatisation des Jeux est bien sûr imbattable. Mais un pépin aux X-Games, c’est un gros risque pour un team officiel, davantage enclin à ouvrir le parapluie. De fait, dans la semaine précédant les Jeux, Kawasaki décommande Stewart et Ferry, Pro Circuit l’imitant avec Villopoto et Townley, Suzuki avec Dungey et Tedesco, Honda avec Short… A chaque fois, l’argument « priorité au championnat outdoor » est mis en avant. On peut imaginer qu’un sponsor grand public comme Monster (omniprésent sur les Jeux) n’était pas joyeux de ces choix… Ceci étant, les défections n’ont pas vraiment altéré l’impact du premier « Moto X Race » (Live Nation ayant interdit l’utilisation du terme « Supercross ») des Jeux de l’Extrême. La piste n’était certes pas terrible, poussiéreuse en diable. Le format, inédit (seize pilotes, quatre qualifs à 4 sur 6 tours, deux repêchages à 6 sur 6 tours, une finale à 6 sur 12 tours), a globalement fonctionné, sans pleinement convaincre toutefois…
Mais Ricky Carmichael était là , il a bien sûr gagné et surtout répété dix fois à quel point l’arrivée du SX aux X-Games était un événement majeur pour notre sport. Les deux icônes du MX US, RC et McGrath (qui commentait en direct), sont désormais de fervents supporters des « X ». Windham et Reed (voire Stewart ?), qui auront pour 2008 des contrats « SX-only », seront de la partie. En partie éludée cette année, la question X-Games se reposera donc en 2008 et au-delà avec, en filigrane, la problématique grandissante du championnat outdoor, dont le rapport investissement/pénibilité/risques encourus/longueur du calendrier/ retombées financières et médiatiques ne tient plus la route face à ce genre d’événement…
