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  • SX Only, X-Games, etc…

    La rumeur insistante voulant que Stewart en ait sa claque des outdoor, au point de rêver d’un contrat SX-Only (si ce n’est pas pour 08 ce sera pour 09), est dans l’air du temps.

    Les outdoor, c’est la base de ce sport, mais aux US, sport et business ne vont pas forcément de pair. Le problème actuel des outdoor, jusqu’à il y a peu sacro-saints, est connu en business sous le nom de « retour sur investissement ».

    Investissement du team, dont la structure et le personnel doivent sillonner le pays de la mi-mai à la mi-septembre, dans des conditions autrement moins confortables que celles de la saison SX (conditions atmosphériques souvent extrêmes, davantage d’usure pour le matériel, camping dans des pits champêtres, accès souvent « galère », etc).

    Investissement du pilote en terme de condition physique (sans laquelle les chances de faire illusion sont nulles), de danger et de pénibilité (les circuits sont diaboliquement techniques et physiques et cela va très, très vite), de temps (partir le vendredi matin, revenir le lundi soir, c’est un, voire 2 jours de plus que le SX, à multiplier par douze, sur une saison, ça compte), etc.

    En face, les retombées. Pour un championnat outdoor, elles restent considérables : beaucoup plus de public qu’en GP (mais beaucoup moins qu’en SX), un intérêt des marques largement supérieur (cf. salaires pilotes et bonus), une presse spécialisée omniprésente.

    Mais ce qui a pêché en 05 et 06, c’est le package télé. Discovery Channel (OLN) avait acheté les droits mais un peu oublié de valoriser le produit… Lorsque les outdoor battaient leur plein, en juillet, la chaîne misait tout sur Armstrong au Tour de France et les retransmissions en différé de plusieurs semaines, autant dire une éternité, à l’âge d’internet ! Le fan ne se sentait pas respecté, le show perdait de son impact, les sponsors ne se précipitaient pas (pas de title sponsor après le retrait de Chevy Trucks) bref, tout le monde râlait…

    Dans le même temps, le producteur du SX, Live Nation, améliorait lentement mais sûrement son package télé, quitte à payer pour passer une paire de courses, dont Vegas, sur une chaîne généraliste à grande audience.

    Pour cette saison, le cartel des organisateurs d’outdoor, le NPG, contrôlé par la famille de Davey Coombs (RacerX), a bien redressé la barre, trouvé du sponsoring, un bon deal télé sur SPEED (chaîne bien dans le giron des sports mécaniques, contrairement à OLN) et mis le paquet sur internet (quelques retransmissions direct-image, pré et post show à chaque épreuve, etc.).

    En revanche, on a un peu de mal à voir en quoi les membres du NPG profitent de leurs confortables recettes au guichet et de leurs faibles redevances (les droits AMA pour un outdoor ne se font pas à la gueule du client et coûtent au bas mot dix fois moins cher que les droits perçus par Youthstream sur un GP) pour faire évoluer leurs infrastructures et/ou rendre aux pilotes une partie de leur investissement.

    Par exemple, on cherchera en vain une aire de lavage sur un outdoor (obligatoire en GP) et jusqu’il y a peu, les « tours » de contrôle étaient souvent des baraquements en bois ayant probablement été inaugurés par Torsten Hallman ou Joël Robert à l’occasion d’une Trans-AMA dans les Sixties…

    Côté primes d’arrivée, le NPG applique le famélique barème préconisé par l’AMA, lequel, s’il est infiniment supérieur à celui en vigueur en GP ( !), ne permet pas à un privé de se rendre d’une course à l’autre, a fortiori de réparer ce satané 4T lorsqu’il lui prend d’exploser…

    Côté pilotes, les outdoor ont donc tendance à raser les officiels, tout en étranglant les privés. Le championnat primordial, c’est le SX, offrant un retour sur investissement beaucoup plus favorable.

    Lorsque McGrath a lancé sa bombe de « SX-Only », il y a moins de dix ans, le King était tellement estampillé SX qu’on n’a pas cru à l’apparition d’une tendance. Pourtant, d’autres pilotes usés par un calendrier (notamment SX) s’étant étendu au fil du temps au-delà du raisonnable, LaRocco, DV, Reed, de plus en plus de privés (pour raisons plus financières) et prochainement Windham, ont suivi la voie McGrath (Windham a été le seul à tenter du MX-Only, pour se raviser l’année suivante).

    Reed a même plaidé radicalement en ce sens lors d’une interview récente sur racerxill.com. Chad s’engagera en tant que pilote et co-promoteur d’une série de SX en Australie à partir de 2008 et ne cache pas qu’il ne remettra jamais les pieds sur un outdoor…

    Le principal soutien des outdoor, c’est finalement les teams officiels (qui, pas à une contradiction près, s’en plaignent pourtant régulièrement). Les managers, pour la plupart, sont des « anciens » qui ont bourlingué sur les Nationals toute leur carrière et personnifient, en quelque sorte, le terme « old school » (qui n’est pas péjoratif). Pas idiots, ils ont compris depuis longtemps que préserver les choses telles qu’elles sont, c’est d’abord préserver leur job, qui consiste à gagner des championnats. Et c’est aussi, en quelque sorte, préserver l’esprit du sport.

    Ces managers sont drivés par des staffs de bureaucrates au siège des importateurs, mais conservent globalement un bon contrôle, s’appuyant sur des ventes de motos qui restent solides aux US. Les managers veulent continuer à concourir pour des championnats car plus de championnats, c’est plus de chances d’y parvenir et y parvenir, c’est préserver son propre avenir, ainsi que celui de sa structure. Cependant, comme tout le MX-circus US, ils sont épuisés par le programme, les voyages, le temps passé loin de leur famille…

    C’est la raison pour laquelle les managers veulent continuer le programme habituel, mais surtout rien de plus. Ils sont allés à reculons au World SX, reliquat de la bataille du SX que se sont livré promoteurs et fédés, ainsi qu’à l’US Open et ne veulent plus entendre parler de courses « overseas », à part à la rigueur Bercy…

    Pour un manager US, le pilote idéal s’appelle bien sûr Ricky Carmichael, concentré à 100% sur ses championnats. Mais RC a fini par courir l’US Open, puis le World SX. Surtout, profitant de la liberté de parole et de temps découlant de sa semi-retraite, il a ouvertement critiqué les outdoors au soir de Budds Creek et… s’est engagé aux X-Games (ainsi qu’à Bercy, thanks RC !).

    Ce qui tarabustait RC, c’est de voir se dérouler des « Jeux de l’Extrême » sans que le SX ne soit de la partie. La moto est arrivée aux « X » par l’intermédiaire du FMX, éminemment radical certes, mais pas plus, finalement, que le SX. Là-dessus, le Supermoto, carrément moins extrême, a été rajouté. Au crépuscule voulu de sa carrière MX/SX, RC a vu dans les « X » l’occasion de faire rentrer, dans 35 millions de foyers, soit incomparablement plus qu’un SX ou MX, l’idée que le GOAT du « sport extrême originel », comme Live Nation le présente à juste titre, c’est lui.

    L’audimat en question parle plus au technocrate mentionné plus haut qu’au team manager. Pris par surprise et un peu en tenaille entre leurs pilotes et leurs supérieurs, les managers n’ont pu dire non au X-Games. Mais ils ont, plus ou moins lourdement selon les cas, poussé leurs pilotes en lice pour un championnat outdoor à se retirer dans la semaine qui a précédé les Jeux.

    Exunt donc Stewart (avant même sa blessure), Ferry, Villopoto, Townley (Payton est notoirement anti-course hors-championnat, au point de ne pas avoir envoyé ses pilotes à un US Open dont Pro Circuit était pourtant un des sponsors et, là, récidivé aux Jeux qui, pour son généreux sponsor Monster, sont un objectif essentiel !). Exunt aussi Tedesco, Dungey et Short.

    Malgré ces défections, les X-Games furent le premier événement se disputant à l’intérieur du calendrier AMA à avoir aligné des pilotes officiels, en présence de leur team, depuis des lustres (Bercy 84 ?) et, comme toujours, les absents ont eu tort. Mais les teams satellites « officiels » (L&M, Factory Connection) , plus modernes et plus dépendants de leurs sponsors extra-sportifs, ont soutenu les Jeux plus sincèrement que leurs collègues « d’usine ».

    De fait, à regarder la retransmission intégrale des X sur mon ordi, il m’est apparu que les Jeux sont une affaire individuelle. Les athlètes sont les vrais héros des Jeux, ils sont traités à titre individuel et non comme faisant partie d’un team. D’ailleurs, le speech post-victoire de RC n’a pas mentionné ses pneus-miracle ayant favorisé son holeshot, ni le travail merveilleux de son team Makita-Suzuki, ni même ses bons copains de Fox et on en passe.

    Les X apparaissent donc comme un deal perso du pilote mais, comme ils donnent peu de travail et beaucoup de retombées (même si celles-ci sont de moins bonne qualité que chez Live Nation et qu’elles ne concernent pratiquement que le vainqueur), ils devraient s’imposer peu à peu (au grand dam de Live Nation qui, en coulisses, a fait un méga-forcing anti-X-Games, notamment auprès des managers, avec on l’a vu un certain succès).

    Pourtant, il faut bien reconnaître que la course, disputée sur un circuit asséché, sans encadrement sérieux (pas de cabane pour le starter, une grille au fonctionnement aléatoire, on s’est cru revenu au bon vieux temps !) a été franchement bidon. Par malchance, la télé a raté le seul dépassement significatif de la finale (Langston sur Windham). RC, si vindicatif à Budd’s Creek, s’est bien gardé de proférer les critiques qui s’imposaient. Les X ont clairement profité du fait qu’il s’agissait d’une « première » et personne, si ce n’est l’épatant Steve Matthès sur racerX Canada, ne l’a vraiment relevé.

    En conclusion, il est légitime et salutaire que le SX soit présent aux Jeux de l’Extrême, mais la copie est à revoir, côté piste et aussi côté format (un seul qualifié par manche c’est trop peu car l’auteur du holeshot a tendance à s’échapper pendant que les autres perdent du temps à batailler, ce qui enlève une grosse part du suspense, censé justement découler de ce format).

    Quant aux dirigeants de Live Nation, ils ont tout faux. Non seulement RC, agacé par leurs manœuvres qui le touchaient indirectement, risque de skipper l’US Open (alors qu’en signant pour Bercy, il nous avait confié se sentir du même coup obligé de le disputer), mais les X-Games ont fait au « vrai » SX une publicité gratuite considérable, publicité dont Live Nation sera le premier bénéficiaire (en terme de spectateurs et, aussi, pour trouver un remplaçant à Amp’d mobile, son title sponsor qui vient de faire banqueroute !).

    Si quelqu’un doit « s’inquiéter » des X-Games, c’est bien plus le NPG, pour lequel les Jeux sont le révélateur des défauts de son produit.

    Car, bientôt(déjà), l’exemple Reed va faire (fait) réfléchir les top-pilotes (les premiers concernés car à la fois les plus riches et ceux qui ont le plus de pouvoir vis-à-vis de leurs teams).
    Or, gagner autant d’argent, ou presque, pour tout donner de Janvier à Mai en SX et se concocter par la suite un programme à la carte avec les X, voire certains outdoors de son choix, + des événements overseas type Bercy et surtout de vraies vacances et une vraie vie de famille, c’est bien le meilleur programme en terme de retour sur investissement !

    Nul doute qu’un tel plan ne séduise Bubba dans le futur, si ce n’est l’an prochain, ce sera pour 09. C’est le sens de l’Histoire et la direction vers laquelle l’envoient les graves déconvenues qu’il a connues depuis que les outdoor ont succédé aux stades cette saison.

    Pour autant, des outdoor sans Stewart, Reed et Windham resteront crédibles car la nature a horreur du vide : il y a de l’argent et de la gloire à aller chercher et de très bons pilotes, même s’ils ne sont pas forcément stars du SX, continueront à se battre pour cela.

    D’ailleurs, tant en GPMX1 que pour la fin de la saison outdoor 2007, on constate que le spectacle, s’il perd en magie, gagne en suspense et en intensité lorsque les extra-terrestres font défaut.