La claque !
La vidéo de la semaine, dénichée par l’ami Rob Andrews (ex-pilote de GP500), est hallucinante !
Elle pose le débat de manière flagrante : l’excitation vient-elle de la course, ou des sauts ???
Vite, le lien :
http://www.youtube.com/watch?v=uHU1B4mICHA&mode=related&search=
La nature a horreur du vide.
La nature a horreur du vide.
C’est une des lois les plus inexorables parmi celles qui nous gouvernent et, forcément, elle s’applique au MX.
Par un de ces hasards de l’Histoire qui la rendent passionnante, des deux côtés de l’Atlantique, la catégorie-reine fait l’objet d’un suspense qu’on ne connaissait plus, après une bonne décade dominée par les « super-héros ».
Or, la nature a horreur du vide et l’instinct de compétition des meilleurs crossmen de la planète fait le reste !
Lorsqu’un champion de la trempe d’un Everts ou d’un RC ne joue plus le championnat, forcément, quelqu’un cherche à prendre le flambeau et continuer à garder le pack sous l’autorité d’un seul, lui.
C’est ce que Josh Coppins a failli parvenir à faire. Mais, plus que dominateur en vitesse pure comme son prédécesseur, il était prêt avant tout le monde, rapide et hyper régulier. Cela lui a tout de même suffi à prendre un large avantage sur un troupeau de prétendants.
C’est ce que James Stewart a failli parvenir à faire aussi. Mais, pour sa malchance, RC n’était que semi-retraité, au contraire de Stefun. Si bien que Bubba n’a pas eu d’autre choix que de ferrailler avec Ricky, faute de quoi son premier titre MX outdoor aurait été un don de Carmichael plutôt qu’une conquête glorieuse !
Mais, à ce petit jeu, Coppins a fini par se blesser et Bubba, laminé au moral par RC4, s’est niqué le genou sans même tomber…
C’est alors que la loi de la nature s’est appliquée de nouveau. Sauf que, cette fois, ils étaient quatre ou cinq en position de combler ce vide insoutenable de la nature !
Mais, lorsque les super-héros s’écartent, les prétendants, pas habitués à jouer cette partition infaillible, s’arsouillent dans un certain méli-mélo, pour le plus grand intérêt des débats et surtout du suspense. A l’étage « super-héro », ce suspense, par définition, n’existe pas. A l’étage juste en-dessous, tout est permis et même, dirait-on du côté d’un super-héro d’un autre genre, « tout devient possible » !
Côté GP, donc, pour notre plus grand plaisir, Seb Pourcel a donné l’impression de s’asseoir dans le fauteuil du chef. Mais Strijbos, Philippaerts et Ramon, ce dernier disposant d’un confortable matelas de points d’avance, voire les outsiders de luxe De Dycker, Leok et Barragan, ont eux aussi senti l’appel du vide, si ce n’est pour le championnat, au moins pour des victoires de manche ou de GP.
Côté US, Ferry a donné l’impression de prendre les choses là où les avaient laissées son coéquipier Stewart, en partance pour le billard et une inaction qu’on imagine longue. Mais Short, Langston et Alessi, voire Windham pour du coup par coup, ont répondu à l’appel du vide, tandis que Timmy enchaînait mauvais départs et accrochages, au point de sembler souffrir d’une certaine « peur de gagner »…
Les mêmes causes produisant les mêmes effets (autre grande loi de la nature), nous nous retrouvons ainsi, en AMA comme en GP, avec des championnats particulièrement excitants (stat intéressante, jamais RC n’a dû attendre la dernière épreuve pour être titré en outdoor) !
Côté Europe, après plusieurs GP passionnants pendant lesquels le leader virtuel, Steve Ramon, a montré des traces de faiblesse mentale (à moins qu’un poignet endolori ne soit la source de ces performances en dents de scie), le principal suspense pour le final vient de la capacité qu’aura, ou non, l’officiel Suzuki de conclure les débats sans faillir (son avance de 38 points sur son encombrant coéquipier Strijbos et de 39 points sur Seb Pourcel, tous deux très en verve en cette fin de saison, devant s’avérer tout de même suffisante, sauf chute ou casse).
Mais, au cas où Josh Coppins retrouvait ses moyens d’ici Lierop, ce qui, pour surprenant, ne relèverait pas toutefois de l’impossible -surtout s’agissant d’un guerrier comme le néo-Zélandais- l’avance de Ramon ne serait plus, en réalité, que de 14 points, ce qui ne manquerait pas de mettre le fragile styliste belge sous pression… Dans cette éventualité, les 7 points arrachés à Donnington dans la douleur par Josh prendraient une importance capitale !
Aux USA, au contraire des GP, le suspense va délibérément creshendo. Ferry en demi-teinte –mais toujours en état de l’emporter, avec 4 points de retard sur Langston- c’est donc le Sudaf’ qui a repris le manche lâché par Stewart.
Grant est un homme de championnats, il sait se transcender et sortir son épingle du jeu le plus compliqué, comme il l’a fait ce week-end à Steel City, de haute lutte avec Alessi et Windham. J’en fait mon favori (et suis d’autant plus content qu’il ait signé, avec enthousiasme, pour Bercy, le GOAT + le dernier champion AMA en titre, ce serait top !).
Ferry a la capacité de rebondir, sauf s’il souffre du syndrome Ramon. Short reconnaît qu’il manque un poil de physique, de plus les circuits à venir (au Texas et à Glen Helen) ne devraient pas trop le favoriser et il n’a jamais remporté de championnat… Mais Andrew est un battant et un pilote de classe, doté d’une régularité sans faille, par ailleurs c’est bien lui le second aux points après Steel City. Si ses collègues s’embrouillent un tant soit peu, il sera en position de ramasser la mise (et, s’il devait finir vice-champion derrière GL8, il n’aura qu’à prendre sa revanche à Bercy !).
Enfin, Alessi a le vent en poupe, incontestablement, ayant donné à KTM sa première victoire de manche en catégorie-reine AMA quelques semaines à peine après avoir signé chez Suzuki pour 2008 ! Mike semble retrouver de sa vitesse et de son agressivité mais il a sur sa route un guerrier zoulou contre lequel il n’a jamais eu beaucoup de réussite et qui a certainement un avantage psychologique sur lui…
Un garçon ayant gagné des centaines et des centaines de courses (certes en mini mais au top niveau des minis, devant un certain Villopoto, et Cri Pourcel à l’occasion) ne peut cependant être sorti de l’équation, les pilotes d’une telle classe sachant parfois trouver des ressources qu’on ne leur soupçonnait plus. Par ailleurs, Mike 800 est un fan de Glen Helen…
La nature ayant horreur du vide, la seule chose dont nous soyons certains, c’est donc que, tant en AMA qu’en GP, on va couronner un nouveau champion.
Mais comme elle fait également bien les choses, on va encore se régaler quelques week-end avant de savoir quel visage aura ce nouveau champion !
Cool.
Anecdotes Millville
Traduction tirée du reportage Steve Matthes, de RacerX Canada, sur Millville… J’adore le sens de l’humour de cet ancien mécano, reconverti journaleux !
« Il y a eu une grosse tempête vendredi soir sur Millville. Le vent s’est engouffré sous la tente-auvent Bridgestone et l’a catapultée par-dessus le semi-remorque d’assistance.
La tente était pourtant solidement amarrée à des sortes de bassines de 20l remplies de ciment !
L’une de ces bassines volantes est d’ailleurs passée à travers le toit du semi mitoyen et a raté le pauvre technicien qui y dormait de quelques centimètres…
Le nom du technicien ? Marshall Plumb, de l’équipe Dunlop.
Je savais bien que la concurrence entre marques de pneus était rude mais là , ça en devient ridicule… »
Autre anecdote, inédite celle-ci je crois, concernant l’ancien pilote de Matthès, Tim Ferry…
Le probable remplaçant de Stewart aux Nations est co-leader du championnat, avec Andrew Short, à trois épreuves de la fin de l’Outdoor 2007.
Même si je pense que Langston a toutes les chances de les coiffer tous deux sur le poteau (le « Zulu » n’est qu’à 11 points et c’est un vrai homme de championnat, contrairement à ses adversaires), Ferry a de nombreux partisans.
Paradoxalement, s’il conquiert le titre, son équipementier risque de l’avoir un peu douloureux.
Devant l’infime probabilité que le relativement obscur pilote Moto XXX 2006 se transforme en champion outdoor 2007, même par la grâce d’une Kawa d’usine, l’équipementier en question (O’Neal) aurait en effet consenti au rouquin un bonus à sept zéros, qui de virtuel à l’époque est devenu à présent bien réel.
Ce qui, au cas assez probable où O’Neal ne se serait pas couvert d’une assurance spéciale, et compte tenu de la taille de la société -modeste au regard de la concurrence Thor ou Fox- risquerait de plomber sérieusement sa trésorerie !
SX Only, X-Games, etc…
La rumeur insistante voulant que Stewart en ait sa claque des outdoor, au point de rêver d’un contrat SX-Only (si ce n’est pas pour 08 ce sera pour 09), est dans l’air du temps.
Les outdoor, c’est la base de ce sport, mais aux US, sport et business ne vont pas forcément de pair. Le problème actuel des outdoor, jusqu’à il y a peu sacro-saints, est connu en business sous le nom de « retour sur investissement ».
Investissement du team, dont la structure et le personnel doivent sillonner le pays de la mi-mai à la mi-septembre, dans des conditions autrement moins confortables que celles de la saison SX (conditions atmosphériques souvent extrêmes, davantage d’usure pour le matériel, camping dans des pits champêtres, accès souvent « galère », etc).
Investissement du pilote en terme de condition physique (sans laquelle les chances de faire illusion sont nulles), de danger et de pénibilité (les circuits sont diaboliquement techniques et physiques et cela va très, très vite), de temps (partir le vendredi matin, revenir le lundi soir, c’est un, voire 2 jours de plus que le SX, à multiplier par douze, sur une saison, ça compte), etc.
En face, les retombées. Pour un championnat outdoor, elles restent considérables : beaucoup plus de public qu’en GP (mais beaucoup moins qu’en SX), un intérêt des marques largement supérieur (cf. salaires pilotes et bonus), une presse spécialisée omniprésente.
Mais ce qui a pêché en 05 et 06, c’est le package télé. Discovery Channel (OLN) avait acheté les droits mais un peu oublié de valoriser le produit… Lorsque les outdoor battaient leur plein, en juillet, la chaîne misait tout sur Armstrong au Tour de France et les retransmissions en différé de plusieurs semaines, autant dire une éternité, à l’âge d’internet ! Le fan ne se sentait pas respecté, le show perdait de son impact, les sponsors ne se précipitaient pas (pas de title sponsor après le retrait de Chevy Trucks) bref, tout le monde râlait…
Dans le même temps, le producteur du SX, Live Nation, améliorait lentement mais sûrement son package télé, quitte à payer pour passer une paire de courses, dont Vegas, sur une chaîne généraliste à grande audience.
Pour cette saison, le cartel des organisateurs d’outdoor, le NPG, contrôlé par la famille de Davey Coombs (RacerX), a bien redressé la barre, trouvé du sponsoring, un bon deal télé sur SPEED (chaîne bien dans le giron des sports mécaniques, contrairement à OLN) et mis le paquet sur internet (quelques retransmissions direct-image, pré et post show à chaque épreuve, etc.).
En revanche, on a un peu de mal à voir en quoi les membres du NPG profitent de leurs confortables recettes au guichet et de leurs faibles redevances (les droits AMA pour un outdoor ne se font pas à la gueule du client et coûtent au bas mot dix fois moins cher que les droits perçus par Youthstream sur un GP) pour faire évoluer leurs infrastructures et/ou rendre aux pilotes une partie de leur investissement.
Par exemple, on cherchera en vain une aire de lavage sur un outdoor (obligatoire en GP) et jusqu’il y a peu, les « tours » de contrôle étaient souvent des baraquements en bois ayant probablement été inaugurés par Torsten Hallman ou Joël Robert à l’occasion d’une Trans-AMA dans les Sixties…
Côté primes d’arrivée, le NPG applique le famélique barème préconisé par l’AMA, lequel, s’il est infiniment supérieur à celui en vigueur en GP ( !), ne permet pas à un privé de se rendre d’une course à l’autre, a fortiori de réparer ce satané 4T lorsqu’il lui prend d’exploser…
Côté pilotes, les outdoor ont donc tendance à raser les officiels, tout en étranglant les privés. Le championnat primordial, c’est le SX, offrant un retour sur investissement beaucoup plus favorable.
Lorsque McGrath a lancé sa bombe de « SX-Only », il y a moins de dix ans, le King était tellement estampillé SX qu’on n’a pas cru à l’apparition d’une tendance. Pourtant, d’autres pilotes usés par un calendrier (notamment SX) s’étant étendu au fil du temps au-delà du raisonnable, LaRocco, DV, Reed, de plus en plus de privés (pour raisons plus financières) et prochainement Windham, ont suivi la voie McGrath (Windham a été le seul à tenter du MX-Only, pour se raviser l’année suivante).
Reed a même plaidé radicalement en ce sens lors d’une interview récente sur racerxill.com. Chad s’engagera en tant que pilote et co-promoteur d’une série de SX en Australie à partir de 2008 et ne cache pas qu’il ne remettra jamais les pieds sur un outdoor…
Le principal soutien des outdoor, c’est finalement les teams officiels (qui, pas à une contradiction près, s’en plaignent pourtant régulièrement). Les managers, pour la plupart, sont des « anciens » qui ont bourlingué sur les Nationals toute leur carrière et personnifient, en quelque sorte, le terme « old school » (qui n’est pas péjoratif). Pas idiots, ils ont compris depuis longtemps que préserver les choses telles qu’elles sont, c’est d’abord préserver leur job, qui consiste à gagner des championnats. Et c’est aussi, en quelque sorte, préserver l’esprit du sport.
Ces managers sont drivés par des staffs de bureaucrates au siège des importateurs, mais conservent globalement un bon contrôle, s’appuyant sur des ventes de motos qui restent solides aux US. Les managers veulent continuer à concourir pour des championnats car plus de championnats, c’est plus de chances d’y parvenir et y parvenir, c’est préserver son propre avenir, ainsi que celui de sa structure. Cependant, comme tout le MX-circus US, ils sont épuisés par le programme, les voyages, le temps passé loin de leur famille…
C’est la raison pour laquelle les managers veulent continuer le programme habituel, mais surtout rien de plus. Ils sont allés à reculons au World SX, reliquat de la bataille du SX que se sont livré promoteurs et fédés, ainsi qu’à l’US Open et ne veulent plus entendre parler de courses « overseas », à part à la rigueur Bercy…
Pour un manager US, le pilote idéal s’appelle bien sûr Ricky Carmichael, concentré à 100% sur ses championnats. Mais RC a fini par courir l’US Open, puis le World SX. Surtout, profitant de la liberté de parole et de temps découlant de sa semi-retraite, il a ouvertement critiqué les outdoors au soir de Budds Creek et… s’est engagé aux X-Games (ainsi qu’à Bercy, thanks RC !).
Ce qui tarabustait RC, c’est de voir se dérouler des « Jeux de l’Extrême » sans que le SX ne soit de la partie. La moto est arrivée aux « X » par l’intermédiaire du FMX, éminemment radical certes, mais pas plus, finalement, que le SX. Là -dessus, le Supermoto, carrément moins extrême, a été rajouté. Au crépuscule voulu de sa carrière MX/SX, RC a vu dans les « X » l’occasion de faire rentrer, dans 35 millions de foyers, soit incomparablement plus qu’un SX ou MX, l’idée que le GOAT du « sport extrême originel », comme Live Nation le présente à juste titre, c’est lui.
L’audimat en question parle plus au technocrate mentionné plus haut qu’au team manager. Pris par surprise et un peu en tenaille entre leurs pilotes et leurs supérieurs, les managers n’ont pu dire non au X-Games. Mais ils ont, plus ou moins lourdement selon les cas, poussé leurs pilotes en lice pour un championnat outdoor à se retirer dans la semaine qui a précédé les Jeux.
Exunt donc Stewart (avant même sa blessure), Ferry, Villopoto, Townley (Payton est notoirement anti-course hors-championnat, au point de ne pas avoir envoyé ses pilotes à un US Open dont Pro Circuit était pourtant un des sponsors et, là , récidivé aux Jeux qui, pour son généreux sponsor Monster, sont un objectif essentiel !). Exunt aussi Tedesco, Dungey et Short.
Malgré ces défections, les X-Games furent le premier événement se disputant à l’intérieur du calendrier AMA à avoir aligné des pilotes officiels, en présence de leur team, depuis des lustres (Bercy 84 ?) et, comme toujours, les absents ont eu tort. Mais les teams satellites « officiels » (L&M, Factory Connection) , plus modernes et plus dépendants de leurs sponsors extra-sportifs, ont soutenu les Jeux plus sincèrement que leurs collègues « d’usine ».
De fait, à regarder la retransmission intégrale des X sur mon ordi, il m’est apparu que les Jeux sont une affaire individuelle. Les athlètes sont les vrais héros des Jeux, ils sont traités à titre individuel et non comme faisant partie d’un team. D’ailleurs, le speech post-victoire de RC n’a pas mentionné ses pneus-miracle ayant favorisé son holeshot, ni le travail merveilleux de son team Makita-Suzuki, ni même ses bons copains de Fox et on en passe.
Les X apparaissent donc comme un deal perso du pilote mais, comme ils donnent peu de travail et beaucoup de retombées (même si celles-ci sont de moins bonne qualité que chez Live Nation et qu’elles ne concernent pratiquement que le vainqueur), ils devraient s’imposer peu à peu (au grand dam de Live Nation qui, en coulisses, a fait un méga-forcing anti-X-Games, notamment auprès des managers, avec on l’a vu un certain succès).
Pourtant, il faut bien reconnaître que la course, disputée sur un circuit asséché, sans encadrement sérieux (pas de cabane pour le starter, une grille au fonctionnement aléatoire, on s’est cru revenu au bon vieux temps !) a été franchement bidon. Par malchance, la télé a raté le seul dépassement significatif de la finale (Langston sur Windham). RC, si vindicatif à Budd’s Creek, s’est bien gardé de proférer les critiques qui s’imposaient. Les X ont clairement profité du fait qu’il s’agissait d’une « première » et personne, si ce n’est l’épatant Steve Matthès sur racerX Canada, ne l’a vraiment relevé.
En conclusion, il est légitime et salutaire que le SX soit présent aux Jeux de l’Extrême, mais la copie est à revoir, côté piste et aussi côté format (un seul qualifié par manche c’est trop peu car l’auteur du holeshot a tendance à s’échapper pendant que les autres perdent du temps à batailler, ce qui enlève une grosse part du suspense, censé justement découler de ce format).
Quant aux dirigeants de Live Nation, ils ont tout faux. Non seulement RC, agacé par leurs manœuvres qui le touchaient indirectement, risque de skipper l’US Open (alors qu’en signant pour Bercy, il nous avait confié se sentir du même coup obligé de le disputer), mais les X-Games ont fait au « vrai » SX une publicité gratuite considérable, publicité dont Live Nation sera le premier bénéficiaire (en terme de spectateurs et, aussi, pour trouver un remplaçant à Amp’d mobile, son title sponsor qui vient de faire banqueroute !).
Si quelqu’un doit « s’inquiéter » des X-Games, c’est bien plus le NPG, pour lequel les Jeux sont le révélateur des défauts de son produit.
Car, bientôt(déjà ), l’exemple Reed va faire (fait) réfléchir les top-pilotes (les premiers concernés car à la fois les plus riches et ceux qui ont le plus de pouvoir vis-à -vis de leurs teams).
Or, gagner autant d’argent, ou presque, pour tout donner de Janvier à Mai en SX et se concocter par la suite un programme à la carte avec les X, voire certains outdoors de son choix, + des événements overseas type Bercy et surtout de vraies vacances et une vraie vie de famille, c’est bien le meilleur programme en terme de retour sur investissement !
Nul doute qu’un tel plan ne séduise Bubba dans le futur, si ce n’est l’an prochain, ce sera pour 09. C’est le sens de l’Histoire et la direction vers laquelle l’envoient les graves déconvenues qu’il a connues depuis que les outdoor ont succédé aux stades cette saison.
Pour autant, des outdoor sans Stewart, Reed et Windham resteront crédibles car la nature a horreur du vide : il y a de l’argent et de la gloire à aller chercher et de très bons pilotes, même s’ils ne sont pas forcément stars du SX, continueront à se battre pour cela.
D’ailleurs, tant en GPMX1 que pour la fin de la saison outdoor 2007, on constate que le spectacle, s’il perd en magie, gagne en suspense et en intensité lorsque les extra-terrestres font défaut.
Les affres de Bubba
(écrit à la veille de Millville)
Ces deux dernières semaines ont été chargées d’événements importants sur la planète MX !
Commençons par ce qui pourrait être un scoop, si j’arrive à mettre en ligne assez rapidement : James Stewart est assez probablement out pour le reste de la saison outdoor.
Il a été aperçu dans la semaine, du côté de chez Fox, encore en béquilles. Il aurait vu trois médecins, tous d’accord sur le fait que l’opération (ligaments genou) est inéluctable, reste à décider quand…
Alors que RacerX l’annonçait vendredi en partance pour Millville, ce qui est possible mais ne signifie pas qu’il roulera, James apparaît paradoxalement, à peine plus de trois mois après son triomphe du SX, dans la plus mauvaise posture de sa carrière.
Chacun sait en effet que toute blessure au genou est une vraie plaie pour le crossman (demandez seulement à Tortell’)… La rééducation est longue et douloureuse, la confiance longue à venir et la récidive fréquente (voir parenthèse précédente).
A cela s’ajoute le blues de Bubba, pour qui cette saison outdoor est un cauchemar. Aussi fantastique soit-il (et Dieu sait s’il l’est), Stewart est tombé sur plus fort que lui.
« Stew » est un pur-sang, sans aucun doute le talent le plus pur que le MX ait connu. Mais RC est un monstre de mental et de détermination, sans aucun doute le pilote le plus capable d’élever son niveau en fonction de la concurrence que le MX ait connu aussi !
Quelle que soit la hauteur à laquelle Bubba ait placé la barre (en vitesse pure), RC a toujours été capable de relever le gant et d’y ajouter son opiniâtreté, sa résistance physique, son désir absolument inexorable de gagner (sa haine viscérale de perdre).
Habitué à imposer sa vitesse, James n’a jamais rencontré quelqu’un capable de lui résister, au point de faire passer cet avantage de vitesse au second plan, mis à part Everts à Matterley, voire Ronron à Vegas et Hangtown mais c’était du ponctuel tandis que RC l’a dominé 5 fois de suite en MX cette saison, qui plus est chaque semaine plus facilement !
En fait, on peut imaginer que Bubba a entamé sa saison de MX en pensant imposer sa vitesse en outdoor comme il avait su l’imposer à RC en SX. Mais tout s’est passé comme si la frustration accumulée par Ricky lors de sa mini-saison SX (lorsqu’il a gagné, c’est que James, qui le précédait à chaque fois, avait chuté), frustration masquée par les honneurs qui lui étaient rendus lors de sa tournée d’adieu, avait alimenté un sentiment de revanche surhumain, lequel a pris Stewart de court autant que par surprise.
Dès les premières courses, Bubba a été moralement très affecté par ce qui se passait en course et la répétition des déconvenues, semaine après semaine, l’a tout simplement laminé. Le fait qu’après même le départ de Carmichael, James se soit mis sur le toit de manière répétée et douloureuse en dit long sur l’état de détresse mentale dans lequel il se trouvait (d’où la tentative, vaine, de se préserver en ne disputant pas les essais du samedi)….
La vérité est que Stewart se trouvait, avant sa blessure au genou, sur la voie dangereuse que l’on a coutume d’appeler « Bradshaw-isation ». Comme l’extraordinaire pur-sang de la fin des années 80, il détestait sa vie, ce qu’il était tenu de faire, par contrat, semaine après semaine, et ne rêvait que d’une chose : plaquer là sa saison. La blessure qui le handicape aujourd’hui, c’est à se demander si pour lui elle n’est presque pas une chance par rapport à la grave dépression qui le guettait !
Je suis donc à peu près certain que, malgré sa détermination qui est elle aussi énorme et quelle que soit l’étendue de sa blessure, James va laisser tomber les outdoor 2007. Et il ne serait guère surprenant non plus que, malgré son contrat 2008 existant et quitte à faire un sacrifice financier, il n’y remette plus les pieds…
Bubba est le maître du SX et, dans le cross US d’aujourd’hui, c’est amplement suffisant pour gagner des millions de dollars, tout en ayant six mois de « vacances ». Voilà comment le deux ou troisième plus formidable pilote de MX de l’Histoire risque de stopper sa carrière, sans jamais avoir conquis le titre en catégorie-reine !
(à suivre)…
