Pourcel’s
Pourcel’s
Comme la plupart d’entre vous, j’ai vécu avec enthousiasme et émotion l’historique double victoire des Pourcel’s Bros à Faenza.
Frères et père, Seb, Cri et Roger (en tant que co-team manager) sur le plus haut du podium d’un MXGP, pareil spectacle ne s’est jamais vu… et n’est pas prêt de se revoir (avec un autre patronyme) !
Lorsque le sacrifice, le talent, le sérieux et le travail se conjuguent dans une telle réussite, pour une famille 200% MX, on tient tout de même là une sacrée histoire…
Voici ce que m’inspire la situation des bros…
Cri : après une longue période d’insuccès et après avoir touché le fond an Bulgarie, il réagit en champion, sur le terrain de son rival et de façon très convaincante. Ceci pourrait marquer le début d’une nouvelle phase, plus intéressante, du championnat.
Lorsqu’on court après son premier titre, comme c’était le cas de Christophe la saison dernière, surtout en étant aussi jeune qu’il l’était, ce qui compte, c’est d’abord et avant tout le titre, pas la manière. Les GP alignés l’été dernier par Antonio n’ont pas troublé Cri parce que Cri était sûr de sa victoire finale.
Cette saison, on sent bien que l’appétit de Cairoli est venu en mangeant. Après avoir vite pris l’ascendant, sans doute plus facilement qu’il le croyait, sur Pourcel, tout s’est passé comme s’il avait voulu transformer le reste de la saison en une sorte de revanche l’an dernier, dans le but probable de démontrer haut et fort que 06 fut un accident et qu’il était bien le meilleur, depuis maintenant trois saisons.
Non content d’aligner les victoires de manches et de GP, il est venu « chercher » Pourcel lors des départs et son attitude générale est devenue plus arrogante.
Ceci est la démarche d’un champion dominateur, dont le succès nourrit l’ambition. Rien de mal à cela évidemment.
Mais lorsque qu’on se place dans une telle position, un revers de type Faenza a plus de risque de vous déstabiliser. L’avenir dira si Cairoli, piqué, va réagir par orgueil, au risque d’aller à la faute, s’il va prendre du recul et gérer « à la Pourcel 06 » ou s’il va être capable de reprendre sa marche dominatrice vers le titre.
On peut cependant affirmer qu’au choix le doute, le trouble ou l’agacement l’animent aujourd’hui, ce qui, dans chaque cas, est une bonne nouvelle pour Cri pour lequel toute remise en question du rapport de force qui s’était installé, en faveur de l’Italien, est bonne à prendre, puisqu’en l’état actuel des choses, le championnat est perdu.
Antonio sait bien que lorsque Christophe est dans un grand jour, il ne peut pas grand chose contre lui (et vice-versa). Lorsque deux adversaires en sont à ce stade, la lutte devient très mentale et, jusqu’à Faenza, il est clair que Cairoli avait l’avantage, mais ce genre de chose est susceptible de basculer beaucoup plus vite qu’un avantage systématique en vitesse de pointe par exemple (or, depuis le début, Pourcel n’a pas été dominé en vitesse comme il l’a été dans les résultats).
Si un nouveau rapport de force s’instaure, notamment à travers un physique retrouvé chez Pourcel, tout redevient possible et, après Faenza, Cri a une vraie raison d’espérer amener Cairoli à la faute. Se mettre à aligner les « grands jours » est la seule option qu’il ait dans cette optique et la fin de saison va, on l’espère, s’en trouver pimentée !
Seb a vraiment été super ce week-end. Si, comme tout le monde et ne lui en déplaise, je vois bien la ressemblance du pilotage de Cri avec celui de JMB, je n’avais jamais remarqué à ce point que le style de Seb’ était un mélange d’Everts et de Téfli, notamment dans ses rentrées en courbe ou en ornières debout sur les repose-pieds, complètement relâché. Je trouve qu’il a du Téfli aussi dans ses réaccélérations, un peu avachi sur l’arrière mais gaz en très grand, avec parfois les ruades qui en découlent.
Comme son frère et même plus encore que son frère, Seb’ était dans un excellent jour physiquement, ce qui lui a enfin permis d’exploiter jusqu’au bout la vitesse de pointe retrouvée et même développée, peu à peu, au fil de la saison.
Il est clairement passé d’un « top5-top10 » à un « top5 » tout court, une zone pourtant très encombrée en MX1. Il prend toujours des risques comme lors de son dépassement sur Brown, mais ça ne se termine plus comme avec Ramon à St Jean !
Maintenir à distance l’homme le plus solide du championnat (Coppins), une manche entière et dans des conditions éprouvantes (chaleur, pression), alors, qui plus est, que la victoire du GP est en jeu, ça cause sacrément !
Seb’ va-t-il savoir capitaliser sur ce groove positif et se maintenir sur le podium du MX1 ?
Cri va-t-il renverser pour de bon la tendance en MX2 ?
Décidément, deux frangins au carrefour des questions majeures dont va découler l’intérêt de la fin des MXGP 07, c’est pas banal et on espère vraiment qu’ils vont continuer sur la lancée !
Les Pourcel n’ont pas encore acquis la popularité, ancrée en profondeur, au fil de nombreuses saisons au plus haut niveau, des monuments récents du MX français type Pichon, Tortelli ou Demaria.
Trop jeunes et sans doute encore trop introvertis pour cela, malgré une évolution positive, tant chez l’un que chez l’autre.
Des micros, ils n’ont pas fini d’en voir. Ils ont le temps de s’améliorer, tout en restant naturels.
Mais, pour ma part, je pense que c’est en piste qu’un pilote s’exprime réellement, le reste, le cas échéant, relevant du bonus, plus que du produit lui-même. Et plus le produit est de qualité, plus le bonus est superflu.
Or, pour les fans français, ce qui se passe en piste de plus excitant sur la planète MX cette saison, c’est clairement à eux qu’on le doit !
Les Pourcel’s sont bien le présent et une belle partie du futur du cross français, ils ont tout pour en devenir les étendards, avec, à leurs basques, la jolie brochette de jeunes talents qui s’illustrent aussi, à leur niveau, en MXGP.
Franchement, avec des pré-retraités de la génération dorée comme Téfli et DV se maintenant comme ils le font, notre situation est infiniment meilleure que ce que l’on pouvait imaginer il y a 36 mois.
Block pass
Il y a quelques semaines, j’avais écrit ce block pass, remplacé au dernier moment et qui ne sera donc pas publié dans MX Mag…
Finalement, il inaugurera mon blog !
« I had a Dream… »
Je crois que cela nous arrive à tous, en tout cas, pour ma part, j’ai bien un rêve obsessionnel lié au MX. En général, d’où je suis, je ne vois pas, mais j’entends les préparatifs du départ (speaker, moteurs qui chauffent, etc.). Seulement voilà : je ne suis pas prêt. Que ce soient les bottes, le casque ou la moto elle-même, il manque toujours un ingrédient primordial pour que je ne soit pas en mesure de le prendre, ce départ. S’agissant d’un rêve obsessionnel, quelque part, au fond de moi, j’en connais l’issue, pourtant, j’y crois jusqu’au dernier moment. Lorsque l’évidence s’impose –ce départ, je l’ai raté, sinon j’entendrais pas Magnanou le commenter- le stress laisse place à un soulagement certain : de toute façon, qu’aurais-je été faire derrière la grille de Bercy, moi qui n’ai jamais enquillé un triple de ma carrière ?? Un psychiatre à qui je raconterais ce rêve y puiserait sans aucun doute une flopée de significations, toutes plus lumineuses (et inquiétantes) les unes que les autres. La vérité est peut-être plus simple : le MX en général et Bercy en particulier sont massivement présents dans mon esprit, nuit et jour, depuis des décennies…
Tiens, voilà que cela me reprend, avec une variante plus rare. Cette fois je ne suis pas au guidon (ouf de soulagement) mais bien dans mon rôle de directeur sportif de Bercy. Ma mémoire est évidemment intacte, les 24 éditions y sont gravées, les faits d’armes, les héros, les drames, l’évolution… Preuve que je rêve cependant, me voilà en train de négocier la venue du plus grand pilote de tous les temps alors que ce genre de deal, je le sais bien , c’est de l’histoire ancienne ! La poignée de superstars du SX US, pour une foultitude de raisons que je connais par cœur, n’est tout simplement pas sur le marché et ne s’aligne jamais hors territoire américain. Le nouveau format de Bercy nous permet de présenter le SX Lites le plus richement doté, le plus éclectique et le plus sympa de la planète avec, en prime, un show FMX de haute volée. Son public connaisseur l’a d’ailleurs bien compris et il reste fidèle à l’épreuve. Alors, pourquoi insister ? Sans doute parce que RC, puisque c’est évidemment de lui qu’il s’agit, est le premier des champions SX US en titre à ne pas être apparu au mois de novembre suivant sur les bords de Seine, une décision qui a fait jurisprudence depuis, tant côté superstars que côté usines et teams. Même si je ne saurais en vouloir à Carmichael en personne, cette nouvelle donne n’en a pas moins sérieusement compliqué mon job et le tréfonds de mon subconscient a dû s’en trouver symboliquement marqué…
Le fait que Ricky ait souvent évoqué la possibilité de faire quelques courses après la fin de sa carrière (citant un GP et Bercy en exemples), je ne l’ai pourtant jamais pris vraiment au sérieux et j’ai bien fait puisque carrière auto et naissance de jumeaux ont sérieusement changé la donne, dans un sens restrictif. Du reste, RC a annoncé le programme : une fois sa demi-saison outdoor achevée, il courra encore le premier SX des X-Games et les Nations à Budd’s Creek, basta. Devant tous les micros, il ne cesse de dire à quel point tout ce qu’il vit est génial (remporter deux SX, enrhumer Stewart en outdoor, certes !) mais à quel point il aspire aussi à ce que cela se termine, pour lui et pour les siens. Lucide, je me dis que c’est « limite », en tous cas vain, de faire valoir mes arguments : les adieux au public européen qui a été super avec lui aux Nations, la petite ligne « King of Bercy » qui manque encore à son palmarès… Et le fait de conjurer le sort. Damned ! Pourquoi je sors ça ? Comme la plupart des grands champions, le Nain Jaune est superstitieux… Or, en dix ans de carrière pro, la seule course où il se soit blessé de façon invalidante (il y a eu aussi son premier Anaheim sur Honda mais il avait caché sa fracture d’un doigt et serré les dents, avec le titre au bout), ce fut… Bercy 99 ( !!). Un barillet de sélection défectueux sur la nouvelle KX, une vitesse qui saute et hop, l’unique apparition de Ricky se terminait à l’hosto ! « Or, toi qui n’es pas homme à rester sur un échec… », m’aventurais-je (en rêve, on est toujours plus gonflé)… Il me coupe : « j’ai toujours une plaque vissée dans ma clavicule pour me rappeler Bercy»… Le temps que je me maudisse, il poursuit : « bon, pour moi, c’est OK, mais par correction, je vois ce week-end avec Roger si c’est possible avant de te confirmer définitivement ». Un court instant, je délire en imaginant la légende vivante du cross US effectuer sa toute dernière course à Bercy. L’arrivée des 450, non, plutôt une formule Open, avec un format de courses inédit. Un 25ème Bercy pour l’Histoire ! Mais, très vite, le piège m’apparaît : évidemment, DeCoster, c’est un prétexte, comme le casque ou les bottes, le truc qui fait tout capoter à l’instant fatidique ! Le téléphone va sûrement me réveiller et le phantasme s’écrouler du même coup.
Driiiiing ! « Vu avec Roger, tout est bon, Ricky tirera sa révérence à l’occasion du 25ème Bercy ! ». Le réveil indique 3h30 du matin et je suis parfaitement réveillé. Impossible que je dorme d’ailleurs, une bombe pareille réveillerait un mort : RC à Bercy ! Enorme. Ceux qui manqueront cela le regretteront toute leur vie…
